Stephan Riess, le « magicien de l'eau » qui a défié l'hydrologie classique
Une carrière forgée dans les mines californiennes
Stephan Riess (1898-1985) est un géochimiste, minéralogiste et hydrogéologue d’origine allemande, émigré aux États-Unis après la Première Guerre mondiale. Ancien ingénieur des mines, il a travaillé pendant plus de cinquante ans, principalement en Californie, et a identifié selon ses dossiers professionnels plus de 800 points de forage fournissant de l’eau. Plusieurs de ces puits, dont ceux qui alimentent encore aujourd’hui une large part de la ville de California City en plein désert du Mojave, fonctionnent plus de soixante ans après leur mise en service.
La presse locale, puis nationale, finit par le surnommer « water wizard » (le magicien de l’eau) tant ses forages aboutissent dans des zones où les hydrologues conventionnels déclarent l’absence ou l’épuisement des aquifères. Ses réussites ne sont pas anecdotiques : elles posent une question scientifique légitime, même si elles sont accueillies avec scepticisme par une partie du milieu académique.
La théorie de « l’eau-mère » (primary water)
De ces observations de terrain, Riess formule une hypothèse audacieuse : une grande partie de l’eau continentale serait d’origine profonde. Elle se formerait dans la roche elle-même, à partir des réactions géochimiques entre hydrogène et oxygène présents dans les minéraux du manteau, puis remonterait vers la surface par les failles et les zones fracturées de la croûte, sous l’effet de la pression et de la chaleur internes de la Terre.
Cette « eau-mère » n’aurait jamais participé au cycle atmosphérique. Elle serait, au sens strict, une eau « nouvelle », n’ayant jamais vu la pluie ni transité par un océan de surface. La théorie de Riess ne contredit pas le cycle hydrologique classique : elle le complète en postulant l’existence d’un circuit profond, primaire, qui alimenterait le circuit de surface, secondaire.
« L’eau vient de la Terre, avant de venir du ciel. » — Stephan Riess, Primary Water Institute.
Si cette thèse a longtemps été marginalisée, elle croise aujourd’hui des données nouvelles issues de la minéralogie haute pression et de la sismologie. Ce sont ces données que nous allons détailler.